Le travail de terrain

Commence alors le long travail de répétitions, d’enchaînements et de réunions de production, auxquels assiste régulièrement le directeur artistique. Il s’assure ainsi que le résultat respecte la mission artistique de la compagnie et celle de son théâtre, qui fait ici office de producteur. Le directeur est aussi «le premier compagnon des artistes de sa saison, selon Gill Champagne. Celui que l’on peut consulter en tout temps pour partager les remises en question des artistes. C’est un fin psychologue. Une grande oreille sur qui on peut se fier.» Laissant peu à peu le travail artistique entre les mains de l’équipe de production, il travaille parallèlement à faire la promotion de la saison et ce, en étroite collaboration avec la direction administrative et le service des communications. Ce travail d’équipe permet d’élaborer des stratégies pour attirer un nouveau public et fidéliser les habitués et dévoiler enfin la saison qui n’attendait qu’à être découverte.

C’est le metteur en scène et directeur de théâtre français André Antoine (1858-1943), souvent considéré comme le père de la mise en scène moderne, qui fut le premier à instaurer le principe d’abonnement dans un théâtre. Il s’assurait ainsi d’un revenu fixe, qui lui permettait de planifier une programmation annuelle dans son théâtre à Paris, le Théâtre Libre. Il pouvait également explorer des zones de création plus audacieuses, certain qu’un public régulier allait le suivre. Notons aussi qu’il fut l’un des premiers à plonger les spectateurs dans le noir, séparant définitivement la salle et l’aire de jeu, et les obligeant à «se tenir tranquilles». Rappelons que si nous, spectateurs modernes, adoptons tout naturellement cette attitude plutôt passive, les foules d’autrefois n’hésitaient pas à chahuter les acteurs ou à lancer des objets sur scène pour exprimer leur mécontentement. Les décisions d’Antoine témoignent d’une direction artistique cohérente, que tous les directeurs modernes doivent élaborer pour leur propre institution, de façon différente et unique, selon leurs priorités et celles de leurs collaborateurs.


Nous avons demandé à Gill Champagne de nous dévoiler ce qui l’a poussé à devenir directeur artistique... «Il y a eu quelques rencontres marquantes dans ma vie d’artiste. D’abord au Théâtre Blanc, compagnie que j’ai cofondée au début des années quatre-vingt. Denis Bernard, auteur, comédien et metteur en scène m’a confié la direction artistique de la compagnie. J’ai pu goûter à cette responsabilité mais à plus petite échelle durant 25 ans tout en continuant d’exercer mon métier de metteur en scène. Par la suite, l’auteur Daniel Danis est venu concrétiser par ses univers poétiques ancrés dans le quotidien, mon besoin viscéral d’intégrer les arts visuels dans mes spectacles. Ses pièces que j’ai montées m’ont donné la permission et le grand plaisir de mettre les acteurs en danger en les dirigeant dans des aventures souvent inconnues de leur métier.»